Fermez vos yeux et imaginez une petite fille coiffée d’un chapeau orné de fleurs. Elle espère que la lumière qui l’anime sera perçue par les autres. Elle pousse la porte de l’épicerie du village, celle qu’elle adorait tant. Elle était tenue par une amie de sa mère — une amie de la famille. Ce n’était pas exactement le même emplacement qu’avant, mais l’épicerie avait simplement été déplacée, toujours dans le même village. Pour Alessandra, c’était une véritable caverne d’Ali Baba. Elle en rêvait. Elle rêvait d’être derrière le comptoir, de couper, de peser, de vendre tous ces produits aux gens du village. C’étaient déjà, sans qu’elle le sache, les prémices d’une vocation. Quelque chose qu’elle allait accomplir, des années plus tard. Ce qu’elle aimait par-dessus tout, c’était ce moment où, à peine entrée, elle se retrouvait face à un présentoir débordant de bonbons. Et la dame lui disait, avec tendresse : — Vas-y, choisis, prends ce que tu veux. « Prends ce que tu veux »… Ces mots résonnaient comme un enchantement. Elle se souvient encore du parfum sucré qui flottait dans l’air, des tas de bonbons multicolores, des chewing-gums à la fraise, de cette odeur douce — artificielle, sans doute — mais pour une enfant, c’était un monde merveilleux. Un monde qu’elle n’a jamais vraiment quitté.
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