Chroniques d'apres-humanite rassemble huit nouvelles ou Lou Caproni explore un monde qui, sous pretexte d'efficacite et de progres, rogne peu a peu l'essentiel : la liberte, la memoire, l'emotion et l'authenticite.
Dans Peter and Co, la satire domine. A Peterland, chacun est promu au poste ou il sera incompetent, au nom d'une egalite pervertie. Un boulanger devenu ministre decouvre que ce systeme absurde sert surtout a maintenir une oligarchie mediocre au pouvoir. Derriere l'humour grinçant, l'auteur denonce les hierarchies deconnectees du reel et celebre le droit d'exceller.
L'Heritage du chromosome 47 plonge dans une dystopie genetique. Elena herite des souvenirs encodes de son pere scientifique et decouvre un projet clandestin visant a creer des humains "ameliores". Face a une creature privee d'empathie, elle comprend que l'intelligence sans humanite conduit au chaos. La veritable evolution passe par la reconciliation avec l'emotion.
Avec L'Ombre et la lumiere, Caproni imagine une societe manipulee par des pheromones artificielles capables de controler les foules. Un detective et une chercheuse dissidente devoilent un complot ou la chimie remplace le libre arbitre. La liberte devient ici sensorielle et intime.
Les Heures immobiles aborde le temps : dans une ville ou l'on vieillit deux fois plus vite la nuit, un horloger decouvre qu'il ne vieillit plus. Gardien secret de l'equilibre temporel, il devra transmettre son role pour redevenir mortel. Le sacrifice personnel garantit l'harmonie collective.
Plus poetique, L'Ile aux histoires presente une terre mysterieuse qui materialise les recits qu'on fait d'elle. Nourrie de beaute, elle s'epanouit ; contaminee par la cupidite, elle se deforme. L'ile devient le miroir des intentions humaines.
Dans Un fantome attachant, l'humour revele la solitude : un comptable defunt hante methodiquement son appartement. Meme apres la mort, le besoin de sens persiste.
L'Inventeur de chagrins et Le Bureau des Oublis interrogent enfin la suppression des emotions et de la memoire au nom de la stabilite sociale. L'amour et le souvenir y deviennent des actes de resistance.
Entre realisme fantastique et critique sociale, Caproni rappelle que l'humanite se loge dans nos failles : aimer, se tromper, se souvenir. Face aux systemes qui promettent la securite au prix de l'ame, ces chroniques affirment une conviction simple : sans emotion ni memoire, il n'y a plus d'homme.
J'ai toujours été fasciné par ces dystopies qui se cachent derrière les apparences du progrès, par ces territoires où la magie côtoie le quotidien. Dans ce recueil, j'explore des mondes où la bureaucratie devient folle, où la génétique révèle ses secrets les plus sombres, où les fantômes deviennent des colocataires attachants, où la manipulation des masses s'opère par des moyens invisibles, où les émotions peuvent être fabriquées comme des médicaments, où la mémoire devient l'enjeu d'un contrôle totalitaire, et où le temps lui-même peut être apprivoisé ou perverti. Chaque histoire explore une forme différente de notre vulnérabilité collective et de dépossession : notre soumission aux hiérarchies absurdes, notre fascination pour la modification génétique, nos récits confisqués par la cupidité, notre solitude transformée en comédie bureaucratique, notre exposition aux influences chimiques, nos sentiments remplacés par des substituts chimiques, nos souvenirs effacés par décret, notre rapport complexe à la temporalité. Mais toutes portent l'espoir que l'amour authentique et la liberté véritable peuvent triompher des manipulations les plus sournoises.
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