Et si les couleurs avaient un son, et les formes une syntaxe ? En 1942, au coeur d'une Europe pliée sous la terreur et le chaos, Auguste Herbin accomplit un geste révolutionnaire : il tourne le dos à la figuration, au bavardage de la mimésis et au tumulte des passions pour forger un code absolu. Vingt-six lettres, vingt-six formes géométriques, vingt-six couleurs pures, vingt-six notes. L'Alphabet Plastique est né. Structurée en trois actes rigoureux - de la gestation intime du code et des dialogues fondateurs avec Goethe ou Wittgenstein jusqu'au déploiement de l'abstraction géométrique (Salon des Réalités Nouvelles, Denise René), et s'achevant sur la transmission de la matrice aux jeunes générations, au GAIV et aux arts appliqués (tapis Boccara, fresques collégiennes) -, cette pièce est une partition dramatique totale. Mêlant le manifeste, la polyphonie bachienne et la déconstruction critique, elle met en scène un insoumis luttant à la fois contre le dogme du réalisme socialiste et le piège des exégètes. Voici le théâtre d'intervention d'une architecture de l'esprit, où la règle devient le plus haut instrument de la liberté, rappelant que l'art, lorsqu'il s'arrache au miroir du monde, devient une force d'émancipation éternelle. Nombreux appuis pour la mise en scène.
Guy Laplagne est un auteur français spécialisé dans le théâtre et l'autoédition, reconnu pour ses pièces innovantes et collaboratives avec Jocelyne Laplagne, explorant des figures historiques, culturelles et musicales à travers des mises en scène polyphoniques.
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