Ce volume d'Émile Faguet s'adresse d'abord aux étudiants en littérature : il propose des études sur les principaux écrivains du XVIIIe siècle, analysés « plutôt en leurs idées qu'en leurs procédés d'art ». L'auteur situe d'emblée son approche : selon lui, le XVIIIe siècle est un temps de questions, de controverses et de polémiques plus que de pur art. Dans l'avant-propos, Émile Faguet avance un fil conducteur : entre le XVIIe et le XIXe, le XVIIIe siècle paraît « pâle », marqué par un affaiblissement du sens moral, et par deux disparitions de premier plan entre 1700 et 1790, à savoir l'extinction de l'idée chrétienne et la diminution de l'idée de patrie. L'auteur relie cette évolution à l'absence de vie politique ainsi qu'à la montée d'un « esprit scientifique » qui déplace la métaphysique et la religion au profit des « lois de la nature ». L'ouvrage distingue ensuite les grands mouvements de pensée qui traversent l'époque : la négation de la révélation, le mépris de la tradition, le culte de la raison personnelle et, en miroir, la « religion du sentiment » et de la sensibilité. Émile Faguet insiste aussi sur les limites qu'il attribue aux penseurs du temps, qu'il décrit comme des polémistes brillants, parfois pénétrants, mais rarement comme de grands philosophes systématiques. Chaque texte de ce recueil combine le contexte historique, un jugement critique et des repères de lecture indispensables. L'ouverture sur Pierre Bayle, par exemple, le présente à la fois comme la « Bible du XVIIIe siècle » et comme un précurseur singulier, bien différent des philosophes de 1750. L'auteur décortique minutieusement sa méthode, qui repose sur l'art de faire douter, de miner les certitudes et de pousser les doctrines les unes vers les autres par glissements successifs.
Né à La Roche-sur-Yon (Vendée), le 17 septembre 1847. Normalien, professeur de poésie française à la Faculté des lettres, collaborateur de la Revue des Deux Mondes, il a fait la critique dramatique au Soleil et écrit des livres d'enseignement littéraire.
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