Ouvriere dans une petite ville, rien ne me destinait a apprendre la langue des signes. Puis Raymond est entre dans ma vie. Avec lui, j'ai decouvert qu'une langue s'habite : les gestes ont une grammaire, les regards deviennent des phrases, le corps pense. La charpente de ce livre est l'histoire de Raymond. Lui qui est un poeme, j'ai tente de le traduire.
De la Guyane a mon hameau des Baronnies Provencales, nos chemins se sont meles a ceux d'Albert, sourd camerounais a l'humour incessant, de Sanae, infirmiere convaincue que soigner commence par ecouter, d'Irina, refugiee ukrainienne, de Francois le paysan, de Tina, de Benoit, de Yasmine...
En trente ans, a marcher a leurs cotes, j'ai connu des luttes communes et des deuils qui vous laissent sans souffle : ces departs precoces, a cause d'un metier, d'une maladie, d'une guerre oubliee. Et pourtant, quand tout semble s'effondrer, demeure une fraternite - ce fil tenu et tenace qui, envers et contre tout, resiste. Ici, le silence n'est pas un manque. Des mains racontent, des arbres poussent en secret sous terre, des liens tiennent meme quand les mots se taisent.
J'ai longtemps cru apprendre la langue des signes. En realite, celles et ceux qui la vivent m'ont ouverte a une autre langue : celle de la rencontre. Depuis, je regarde autrement les etres, les arbres et le silence. Ce roman est le recit de cette metamorphose.
L'auteur Jean Dagron médecin exerçant d'abord dans une cité marquée par l'amiante, puis pionnier de la médecine en langue des signes (1995, La Salpêtrière) et ensuite pendant 30 ans Marseille, Afrique et Amérique latine. Son travail clinique, linguistique, associé à des recherche sociologiques, nourrit des écrits consacrés aux mondes du travail, à la traduction et aux formes invisibles de l'exclusion.
Sources (Ed.)
Sources est l'association fondatrice de première consultation en langue des signes à La Salpêtrière en 1995. Depuis nombreuses publications, recherches et formations sur l'accès aux soins des sourds, la traduction, l'iconicité.
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