En juillet 1995, trois crises cardiaques consecutives me terrasserent. Le 18 janvier 2006, a l'hopital Hadassah Ein Kerem, mon coeur cessa de battre. Aux urgences, mes collegues reussirent a me reanimer, a me rendre a la vie, a ma famille, a moi-meme. Oui, il existe une vie apres la mort, non comme une formule facile, mais comme une experience inscrite dans la chair, dans la memoire, dans le tremblement reconnaissant de celui qui revient de tres loin.
J'ai aujourd'hui pleinement conscience de porter en moi une part d'eternite, deposee par le Maitre d'oeuvre de ce monde. Cette part ne m'appartient pas comme un bien que l'on possede, mais comme une mission que l'on recoit. Elle m'a ete confiee avec l'amour, la fragilite, la sensibilite, les valeurs et les vertus, afin que je puisse temoigner, par ma vie meme, de la profondeur abyssale de la nature humaine, de l'aventure humaine, et du devenir possible de toute creature.
Ce retour a la vie demeure grave en moi comme un instant fondateur. Il ne fut pas seulement un evenement medical, ni meme un miracle intime. Il fut une convocation. Depuis ce jour, quelque chose en moi cherche l'unisson, une harmonie plus haute entre le corps meurtri, l'esprit responsable et le coeur intuitif. Je trouve dans cette experience mon ancre, ma source interieure, le lieu secret d'ou monte encore le desir de comprendre, d'ecrire, de transmettre et d'aimer.
Je suis vivant. Je suis present. Je demeure passionne par le simple toucher de l'existence. La vie ne me pese pas toujours ; elle m'appelle. Pourtant, parce que je me sais destine a me realiser a travers l'ecriture, la pensee et la poesie, il m'arrive aussi de douter, de me craindre, de me tenir inquiet au creuset de ma propre finitude. Je ne suis pas un homme delivre de ses questions, mais un homme devenu l'oblige de ses questions. Je ne peux plus vivre a la surface de moi-meme.
Il me faut donc comprendre ce present sublime qui m'a ete rendu, afin de me liberer du poids invisible qui s'abat parfois sur mon corps comme un fardeau ancien. Il me faut apprendre encore a respirer au rythme du temps, a ecouter la mesure harmonieuse des battements de mon coeur, ceux-la memes qui, apres s'etre tus, continuent de m'entrainer delicatement vers des lendemains plus lumineux, plus profonds, peut-etre meme plus magiques encore.
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