Prononcé au Congrès de la Paix, ce texte d'André Léo interroge le sens même du mot guerre. À la dénonciation des guerres "nationales" - tenues pour des guerres monarchiques - répond l'analyse d'un conflit plus ravageur : la guerre civile, présente en France depuis 1848 et rendue éclatante par les canons de Paris et de Versailles. L'autrice revient sur les violences de 1871 : exécutions sommaires, prisonniers conduits à la mort, déportations sans jugement, et campagne de calomnies destinée à transformer les victimes en coupables. Face aux accusations portées contre les révolutionnaires de Paris - pillage, meurtre, incendie - elle confronte les faits, discute les décisions de la Commune, et met en regard les actes des deux camps pour refuser toute neutralité au nom de la paix et de la liberté. Au-delà de l'événement, le discours nomme ce qui travaille la société : la "guerre sociale". Pour André Léo, fermer les yeux sur la misère, l'injustice et l'inégalité condamne toute politique de pacification. Elle plaide pour un accord démocratique sur des objectifs concrets : libertés de presse, de réunion et de colportage, liberté communale, impôt unique et progressif, armée nationale citoyenne, et surtout une instruction démocratique, gratuite et intégrale, condition d'une paix durable. Un document de combat, daté de Lausanne (27 septembre 1871), au coeur des débats sur République, violence politique et justice sociale.
Victoire Léodile Bera, romancière et journaliste, militante féministe et membre de la Premiere Internationale, prit le pseudonyme d'Andre Leo pour ses écrits. Pendant la guerre avec la Prusse (1870), elle fut membre du comite de vigilance de Montmartre et proche de Louise Michel. Elle fonde le journal La République des travailleurs et participe activement a la Commune de Paris. Parvenue a échapper a la repression de la Semaine sanglante, elle s'exile en Suisse. Elle fut la compagne de Benoit Malon.
Il n'y a pour le moment pas de critique presse.