Un mariage en Komi, dans le nord-est de l'Europe, c'est loin d'être une partie de plaisir. La jeune fille est marchandée, arrachée à sa famille, et elle n'a plus devant elle qu'une vie de misère et de souffrance. Dans ce drame musical de 1936, Cistalov Tima Ven fouille dans les traditions komies pour perpétuer un patrimoine culturel aussi riche au niveau poétique que cruel sur le plan humain et social. Avec espérance, il signe ainsi un hymne à la femme émancipée.
"Ô soleil, ô ma mère, ô toi qui m'as nourrie... Tu m'as portée longtemps, sans bonheur mise au monde... Tu me voulais près de toi, mais tu m'envoyas au loin... J'y ai vécu un an et n'ai point vu ma mère. J'y ai vécu deux ans et n'ai point vu ma mère. J'y ai vécu trois ans et suis partie la voir. À travers la forêt, par la vaste clairière... À mon arrivée, ma mère n'a point reconnu sa fille."
Du même auteur, on trouvera en complément un drame historique de 1926 évoquant la résistance des anciens Komis face à l'envahisseur moscovite : "Vous ne pouvez pas détruire les Komis ! D'autres nous survivront !"
CISTALOV Tima Ven (1890-1939) appartient, avec Nobdinsa Vittor, à la première génération des dramaturges komis. Dans les années 1920 et 1930, il a composé entre autres les deux textes qui font l'objet du présent recueil, commémorant l'histoire et les traditions de son peuple : le drame médiéval Izkar, et une vaste fresque ethnographique qui décrit en détail et en musique les cérémonies nuptiales traditionnelles des Komis au tournant du XXe siècle.
Sébastien Cagnoli
Sébastien Cagnoli est titulaire d'un master de recherche en « Langues, cultures et sociétés du monde », ainsi que lauréat du prix Méditerranée 2023 « Poésie » et du prix d'État 2025 de la traduction (Finlande).
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