La France a connu la croissance, tenu ses comptes, puis glissé, sans bruit. Deux décennies d'érosion : l'industrie recule, l'énergie renchérit, les crises ponctuent la route. Et aujourd'hui, une copie d'une simplicité redoutable : trois courbes qui montent pour vingt ans, retraites, santé, charge de la dette, face à une croissance molle qui ne redémarre pas, donc à des recettes qui progressent trop faiblement. Le déficit annuel reste loin des 3 % de Maastricht, et la dette s'apprête à s'envoler.
Que faire ? Réduire les dépenses publiques, c'est aller contre Keynes : couper une dépense, c'est couper une demande. Relever la fiscalité, dans un pays où elle atteint déjà 43 % du PIB, c'est vouloir extraire le jus d'un citron qui a déjà été bien pressé. Reste la croissance. Ou bien on l'attend, en espérant la voir tomber du ciel ; ou bien on déploie les réformes qui l'engendrent, cette fois en prenant le problème à bras-le-corps. Car si les remèdes connus étaient efficaces, nous n'en serions pas là.
Il faut donc cesser d'agir de biais, de stimuler ici et là en espérant qu'une réaction en chaîne prenne et relance le moteur. Redémarrer vraiment le moteur, c'est changer la donne : renverser ces anticipations basses, pessimistes, qui se réalisent d'elles-mêmes. C'est affronter de face un problème que tous les économistes connaissent : le défaut de coordination. Mais comment ? Ce livre l'expose, de manière modélisée et chiffrée : non plus stimuler et attendre, mais coordonner, pour que l'offre nouvelle rencontre à chaque pas la demande qu'elle appelle.
Rien de tout cela n'est une fatalité. Appuyé sur un modèle de l'économie française et sur les données de l'INSEE, cet audit ne se paie pas de mots : chaque affirmation y est sourcée, chaque trajectoire reproductible. On y lit où mène l'inaction (une dette qui dérive vers 230 % du PIB) mais aussi qu'une autre route existe, qui la ramène vers 80 % en une génération. Non pas décrire une impasse : montrer la sortie.
Encore faut-il prendre le problème par où il se noue.
Atef Khelifi est docteur en sciences économiques (CLERSE, CNRS, Université de Lille). Praticien de la modélisation et de la prévision depuis près de vingt ans au sein de grands groupes (assurance, télécommunications, énergie, banque et finance), il enseigne par ailleurs la microéconomie et la macroéconomie en grandes écoles.
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