Il y a le corps, qui est une voiture. Il y a le conducteur, qui calcule, anticipe, corrige, et ne se tait jamais. Et il y a quelqu'un d'autre à bord, qui ne conduit pas, qui ne commente rien, et dont on finit par oublier l'existence.
Ce livre s'occupe du troisième.
Le conducteur est utile. Il gare la voiture, tient les délais, paie les factures. Le problème n'est pas qu'il travaille, c'est qu'il ne s'arrête plus, et qu'à force on croit qu'il est seul à bord. Tout l'y encourage. Les écrans s'adressent à lui, les publicités le nomment, les machines apprennent à lui répondre dans sa langue. Une intelligence artificielle est un conducteur parfait. Elle n'a pas de passager.
Le Passager silencieux décrit ce qui reste quand le conducteur relâche une seconde. Pas une doctrine, pas une méthode, pas un programme en huit semaines. Des situations. Un feu rouge. Une file d'attente. Un moment de fatigue où quelque chose lâche et où le monde continue, sans commentaire, plus large qu'avant.
Le livre emprunte à Zhuangzi lu par Billeter, aux situationnistes, aux traditions qui ont décrit l'opération sans jamais l'expliquer. Il n'apporte rien de neuf. Il rappelle une distinction que chacun a déjà vérifiée sans en tenir compte.
Il ne promet aucune transformation. Il ne demande pas d'y croire. Il indique un endroit et laisse le lecteur voir s'il y a quelqu'un.
Premier volet d'un ensemble de quatre. Les suivants défont celui-ci.
Anonyme n'est personne. L'auteur n'existe pas ici.
Audrey ACHOUR (Ed.)
La Société du Passager Silencieux ne réunit personne. Elle ne tient pas d'assemblée, ne délivre pas de carte, n'a pas de siège. Elle publie, dépose des textes dans des librairies, imprime des formulaires que nul n'est tenu de remplir. Ses membres l'ignorent. On n'y adhère pas, on s'y trouve déjà
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