Le Pêcheur d'éponges (La Jeunesse d'Adrien Zograffi, volume IV) rassemble cinq récits portés par la voix d'Adrien, voyageur et vagabond, et ancrages dans l'Europe et la Méditerranée du début du XXe siècle. Dans "Le Pêcheur d'éponges", Adrien se trouve à Athènes, vers 1907, au "Restaurant du Parthénon", et engage la conversation avec un voisin de table roumain. L'échange glisse vers un long témoignage : naissance à Sulina, famille nombreuse, départ précoce de l'école, apprentissages et errance dans le port, puis un travail sur un remorqueur du Danube, avec la figure d'un commandant qui lui transmet une "leçon de vie" et une formation pratique (mécanique, chauffage, charpente, peinture), jusqu'au gouvernail. Le récit "Bakar" place Adrien au Caire au printemps 1909, dans une période de misère et de "bricolage" pour survivre, au moment où le travail se raréfie. Il part chercher du travail à Héliopolis, ville en construction, et rencontre un homme qui se présente sous le nom de Bakar. La relation est interrompue par une lettre l'obligeant à repartir en urgence ; plus tard, Adrien apprend par un journal l'arrestation et la condamnation de "Bakar", présenté comme falsificateur international de billets. Dans "Entre l'amitié et un bureau de tabac", Adrien et Mikhaïl travaillent comme portiers à l'hôtel Regina de Constantza (1906). Une tension autour de l'argent conduit à une séparation, puis Mikhaïl annonce son départ pour l'Égypte ; Adrien tente de le suivre. Le récit met en scène un dilemme formulé explicitement : on pousse Adrien à choisir "entre l'amitié et un bureau de tabac", c'est-à-dire rompre avec Mikhaïl pour accepter la "planche de salut" proposée par l'oncle. "Immortalité" s'ouvre sur un voyage en bateau d'Alexandrie vers la Grèce, à l'époque de la guerre italo-turque et de la fermeture des Dardanelles ; Adrien y rencontre Domenico, Péruvien, professeur d'athlétisme au chômage, qui avoue aussi voler par détresse. Enfin, "Sotir" développe une rencontre centrée sur l'amitié, la mélancolie et la liberté : Adrien parle de son besoin d'amis et souhaite partager son ami du Caire ; Sotir répond sur la rareté de l'amitié et sur l'exigence d'être "un esprit libre"
Panaït Istrati est un écrivain roumain de langue française, né le 10 août 1884 à Braïla (Roumanie) et mort le 16 avril 1935 à Bucarest. Issu d'un milieu modeste, il connaît très tôt une vie de travail et de déplacements. Jeune homme, il se rapproche du mouvement socialiste roumain, puis quitte la Roumanie pour des voyages et des séjours en Méditerranée orientale (notamment Égypte et Grèce), dans une période de vagabondage qui marque durablement son parcours. Pendant la Première Guerre mondiale et l'immédiat après-guerre, il passe par la Suisse, où il apprend le français et découvre l'oeuvre de Romain Rolland. En 1920, alors qu'il est sans ressources, il écrit à Romain Rolland : cette prise de contact joue un rôle décisif, Rolland l'encourageant et l'aidant à entrer en littérature. Istrati publie ensuite une oeuvre largement écrite en français entre les deux guerres, et devient particulièrement connu pour le cycle des récits liés à Adrien Zograffi (alter ego romanesque), qui s'appuie sur des expériences de ports, de routes et de rencontres dans les Balkans et la Méditerranée.
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