Pendant le rude hiver de 1860, la neige ensevelit Beaumont : rue des Orfèvres, la porte Sainte-Agnès de la cathédrale devient l'abri d'une fillette de neuf ans, transie et affamée. Elle s'appelle Angélique Marie. Son seul papier est un livret d'élève de l'Administration des Enfants assistés, où l'on lit une naissance du 22 janvier 1851 et un numéro matricule. Hubert et Hubertine, chasubliers installés depuis des générations dans une maison adossée à l'église, la recueillent. Le couple, meurtri par la perte de son enfant et resté sans descendance, lui ouvre son foyer, sa cuisine chauffée, puis l'atelier. Angélique vient de souffrir chez les Rabier, tanneurs de la ville basse, après un passage à Paris chez Thérèse Franchomme, fleuriste, et après l'enfance passée près de Nevers chez sa nourrice "maman Nini". Chez les Hubert, sa vie se règle sur la broderie : chasubles et ornements, soies, perles, fils d'or, patience du point et orgueil du travail bien fait. Mais, tout près, la cathédrale impose ses vierges sculptées, ses chapelles romanes et ses voûtes gothiques. Angélique découvre un très ancien exemplaire de la Légende dorée de Jacques de Voragine et se nourrit de vies de saintes, de miracles, de fiançailles mystiques et de supplices transfigurés. Dans cet univers de foi et de légende, son coeur se met à rêver d'un amour absolu. La rencontre de Félicien d'Hautecoeur fait basculer le quotidien : l'élan des sentiments se heurte au poids du nom, de la naissance, de la famille et de l'Église. Le roman suit la montée de cette passion, entre ferveur, révolte, silence et espérance, jusqu'aux noces célébrées à la cathédrale, sous les orgues, les cierges et la claire matinée d'avril. Et, au sommet du bonheur, Angélique disparaît, comme une vision qui s'efface : "Tout n'est que rêve".
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