Dans ce Tome premier des Travailleurs de la mer, Victor Hugo installe d'abord son decor: l'Archipel de la Manche. On y traverse les anciens cataclysmes, Guernesey, les risques de mer et les rochers - une introduction dense, concrete et imagee, ou l'ocean, le vent, les courants et les ecueils imposent leurs lois.
Puis commence la premiere partie, "Sieur-Clubin". A Saint-Sampson, la maison des Bravées regarde a la fois les tempetes et les roses: elle abrite mess Lethierry et miss Déruchette. Lethierry a deux amours et deux ambitions: la Durande et Déruchette. La Durande, son bateau a vapeur, assure les departs et retours entre Guernesey et Saint-Malo, et semble presque une personne.
Autour d'eux gravite Gilliatt, figure solitaire, que la rumeur observe; lui, il a "un abime": Déruchette. Pendant ce temps, sieur Clubin, capitaine a la reputation d'integrite impeccable, attend son heure. A Saint-Malo, l'auberge Jean, un revolver, un tete-a-tete avec Rantaine et des bank-notes dessinent une trame de fuite, de chantage et de secrets.
La mer tranche. Brouillard et manoeuvres, puis le groupe d'ecueils des Rochers-Douvres: lieu funeste, redoute, "en pleine mer". La Durande est jetee entre les deux roches; la coque est vouee a la dechiquetage, mais la machine parait intacte - l'enjeu devient de la sauver. L'entreprise semble exiger qu'un homme y aille seul, des semaines entieres, dans ce desert de roche et d'eau.
Dans ce volume, tout se resserre: l'honneur public, la peur du gouffre, la mecanique, et la promesse. Lethierry, soudain debout, lance une parole qui fait basculer le destin: "Déruchette l'epouserait." Le Tome premier se clot sur une page ouverte et un regard: "Ebenezer et Déruchette se regarderent."
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