Sous forme de drame en trois actes, Paul Claudel compose L'Histoire de Tobie et de Sara comme un theatre de la voix et de l'image: au milieu de la scene, une tribune, un double choeur de chaque cote qui commente, et un recours continu a la projection et au cinema pour donner "couronnement et perspective" a l'action.
A Ninive, Tobie le Vieux, Israelite emmené captif en Assyrie, demeure fidèle aux rites d'Israel: il nourrit les pauvres, ensevelit les morts, prie "matin et soir". Puis vient l'aveuglement et la ruine. A ses cotes, Anna, son épouse, fait entendre une plainte vigoureuse et terrienne: elle defends son fils unique, redoute le desert, les brigands, les fleuves et les montagnes.
Pourtant Tobie le Jeune part. Un compagnon se présente sous le nom d'Azarias: c'est l'ange Raphael. Entre Ninive et Ecbatane, sur la route de Medie, la piece suit une marche ponctuée de rencontres et de signes. Dans le Tigre, un poisson surgit; Azarias ordonne de garder le foie et le fiel, et de saler la chair pour le "viatique". Le geste prendra tout son sens lorsque la mission reviendra vers le père aveugle: le fils devra "oindre chacun de tes yeux" avec ce sacrement "puiser au fond de l'abime".
En parallèle, au dela du desert, a Rages, Sara prie et supplie d'être délivrée de l'opprobre. On lui jette au visage la mort de "sept hommes l'un après l'autre" venus l'épouser; dans la chambre nuptiale rode Asmodee, presence "empestée et affreuse". La nuit des noces devient combat spirituel: un foie et un coeur de poisson brules sur des charbons ardents dressent un rempart que "l'Enfer ne peut outrepasser".
Au coeur de l'intrigue, un enjeu concret: dix talents d'argent pur laisses autrefois en depot en Medie, chez Raguël, le père de Sara (et ailleurs chez Gabelus). L'or, la dette et le voyage traversent ainsi le drame, sans jamais séparer le materiel du spirituel.
Entre mélopée des récitants, mouvements de foule, mimes du chien et du poisson, et retours du latin liturgique, Claudel fait tenir ensemble la route, la maison, la priere et la benediction. Le dernier souffle se ferme sur une proclamation: "DIEU EST AMOUR", et sur la parole apaisante de Raphael: "Pax vobis. Nolite timere."
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