Dans L'Oeuvre, Emile Zola suit Claude, peintre a Paris, pris entre la fièvre de la creation et la vie quotidienne. Le recit s'ouvre sur une nuit de juillet: Claude rôde aux Halles, longe l'Hotel-de-Ville, traverse le pont Louis-Philippe sous l'orage et regagne son atelier de l'ile Saint-Louis, quai de Bourbon, a l'angle de la rue de la Femme-sans-Tete, dans les combles de l'ancien hotel du Martoy. Sur le seuil, il trouve Christine, jeune femme en noir, trempee et terrifiee, qui raconte un voyage en train deraille du cote de Nevers, un cocher brutal, et un rendez-vous manque; elle dit devoir aller a Passy. Claude l'abrite; la montee dans l'escalier, le couloir, puis la piece haute, la baie vitree, la chaleur du matin, tout installe un decor d'atelier ou les gestes comptent: secher des vetements, changer les draps, installer un paravent, chercher la lumiere. Quand Christine s'endort, Claude se met a dessiner au pastel, saisi par une pose et par une "figure" qu'il cherchait pour son tableau. De ce point de depart, le roman suit la vie de peintre: toiles, esquisses, modeles, recherches de tons, discussions sur la peinture, et passages par le Salon. Autour de Claude se forme un cercle d'amis et de confreres - Sandoz, Bongrand, Fagerolles, Jory, Mahoudeau, Dubuche, Gagniere - entre ateliers, cafes, visites, expositions, succes et humiliations. Paris est partout, avec ses quais, ponts, rues et quartiers; la ville apparait dans les deplacements, les heures, la meteo, les lumieres, jusqu'aux scenes au cimetiere. Au fil des douze parties, Zola raconte la longue obstination d'un peintre face a un grand tableau qui l'absorbe: elans de travail, crises, doutes, rivalites, et fatigue qui s'accumule. Dans les dernieres pages, Sandoz et Bongrand se retrouvent au cimetiere, parlent de Claude et de ce qui reste de lui; avant de repartir, une phrase tombe, nette, comme un programme: "Allons travailler." Bongrand dit de Claude qu'il a "avoue son impuissance" et qu'il "s'est tue". Le convoi, l'ossuaire, les fosses et la fumee des bieres pourries donnent a la fin une gravite sans emphase. Entre eux, Zola montre la peur, la pudeur et la difficulte d'etre ensemble, tandis que la peinture occupe tout l'espace: Claude donne son lit, couche sur le divan, puis revient au travail des l'aube.
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