À contre-courant d'une doxa qui a trop souvent qualifié l'oeuvre du cinéaste états-unien David Lynch de post-moderne, Julien Achemchame propose une analyse esthétique de Lost Highway en tant qu'oeuvre radicalement moderne. Loin d'un simple recyclage ironique ou arbitraire des formes du passé, le film-mystère de 1997 se révèle ici comme une expérience réflexive majeure, consciente de son inscription dans l'histoire des formes cinématographiques, de la subversion des clichés du film noir et d'horreur jusqu'aux correspondances avec les univers de Hitchcock, Antonioni et Bergman. Arpentant la modernité labyrinthique de cette « autoroute perdue », cet essai dissèque la poétique lynchéenne à travers le prisme du hiatus permanent. En interrogeant la place du titre comme étincelle poïétique originelle, l'auteur démontre comment le film ne cesse de revenir sur lui-même pour mieux s'ouvrir et déloger le spectateur de son omniscience classique pour le projeter au coeur d'un « film-installation » sensoriel résolument moderne.
Julien Achemchame est maître de conférences en esthétique et histoire du cinéma et de l'audiovisuel contemporains à l'Université de Montpellier Paul Valéry depuis janvier 2020. Il a soutenu en 2008 une thèse sur Mulholland Dr. du cinéaste états-unien David Lynch. Ses articles et ouvrages, s'intéressant principalement à l'histoire des formes et à la notion de réflexivité, portent sur le cinéma américain classique (King Vidor, Charlie Chaplin) et contemporain (David Lynch, Monte Hellman, Richard Linklater, David Fincher) comme sur les séries télévisées contemporaines (Twin Peaks, The Wire, Dollhouse, Better Call Saul, C.S.I). Dernièrement, il a co-dirigé avec sa collègue Amandine D'Azevedo l'ouvrage : Le Plan-séquence. Enjeux esthétiques et éthiques d'une forme filmique (Mimésis, 2026).
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