Issu d'un travail de thèse entrepris entre 2004 et 2008, cet essai cherche à aborder Mulholland Drive de David Lynch (2001) au-delà de l'approche classique du film-énigme ou du décryptage psychanalytique pour poser une question proprement esthétique : comment Mulholland Drive redéfinit-il le lieu du cinéma ? Cet essai tente de démontrer que l'oeuvre de David Lynch se construit avant tout comme un discours réflexif sur le cinéma. Dès lors, l'analyse se déploie selon deux perspectives complémentaires. D'une part, en étudiant comment la forme de l'oeuvre, tant narrative qu'esthétique, subvertit les codes classiques pour mieux en révéler l'artifice et bousculer les habitudes perceptives du spectateur. D'autre part, en cartographiant le réseau dense de références cinématographiques qui irrigue le film. Mulholland Drive est alors analysé comme une vaste chambre d'écho des images de l'Histoire du cinéma venues d'Hollywood et d'Europe. En mettant à nu le caractère factice et illusionniste des images, Lynch force le public à une participation active et intense. Mulholland Drive devient alors le « lieu » où se rencontrent, se heurtent et fusionnent le désir du spectateur et la machine à rêves cinématographique : autrement dit, l'oeil et la réalité.
Julien Achemchame est Maître de conférences en esthétique et histoire du cinéma et de l'audiovisuel contemporains à l'Université Paul Valéry depuis janvier 2020. Après la soutenance de sa thèse en 2008 sur Mulholland Drive, il publie deux ouvrages sur le cinéaste américain David Lynch. Ses articles, s'intéressant principalement à l'histoire des formes et à la notion de réflexivité, portent sur le cinéma américain classique (King Vidor, Charlie Chaplin) et contemporain (David Lynch, Monte Hellman, Richard Linklater, David Fincher) ainsi que sur les séries télévisées contemporaines (Twin Peaks, The Wire, Dollhouse, Better Call Saul, C.S.I.)
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