La mort d'un enfant est souvent pensée à travers la question du deuil. Pourtant, certaines morts rendent le deuil lui-même provisoirement impossible. Lorsqu'elle survient dans des circonstances brutales, collectives, traumatiques ou marquées par l'incertitude, la mort ne se présente pas d'abord comme une perte à élaborer, mais comme une effraction du réel. Avant même que le travail de deuil puisse commencer, le sujet est confronté à la sidération, à l'envahissement psychique, à la fragmentation du temps et à l'impossibilité de donner sens à ce qui est arrivé. Dans cet ouvrage, Bruno DAUNIZEAU explore les situations où la mort d'un enfant suspend les capacités ordinaires de symbolisation. S'appuyant sur la clinique du trauma, la psychanalyse, l'anthropologie de la mort et la psychologie des catastrophes, il analyse les effets psychiques des morts soudaines, des catastrophes collectives, des atteintes majeures au corps, des disparitions, des longues agonies et des procédures institutionnelles qui prolongent parfois l'effraction traumatique. Loin des discours simplificateurs sur la résilience ou le « travail de deuil », ce livre montre que certaines pertes ne peuvent être immédiatement élaborées. Le deuil n'est alors ni refusé ni empêché par une pathologie ; il est suspendu parce que le réel n'a pas encore été psychiquement métabolisé. À travers une réflexion rigoureuse et profondément humaine, l'auteur interroge le temps, le corps, les rites, l'attente, l'intrusion du collectif et les limites de l'accompagnement psychologique lorsque la souffrance ne peut encore trouver de forme. Destiné aux cliniciens, aux professionnels confrontés aux situations traumatiques, ainsi qu'à toute personne souhaitant comprendre les effets psychiques des morts les plus déstabilisantes, cet ouvrage propose une réflexion exigeante sur ce moment particulier où la mort ne conduit pas encore au deuil, mais à la suspension du temps lui-même.
Bruno DAUNIZEAU est psychologue clinicien, psychanalyste et expert judiciaire en criminologie et victimologie auprès des tribunaux depuis plus de quarante ans. Il intervient régulièrement dans des affaires criminelles complexes, notamment en matière de violences sexuelles, de traumatismes psychiques et d'évaluation clinique sous contrainte judiciaire. Auteur de plusieurs essais et travaux de réflexion consacrés à la clinique, à l'expertise psychologique et aux rapports entre subjectivité, vérité et langage, il développe une approche à la croisée de la psychanalyse, de l'anthropologie et de la criminologie clinique.
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