Cet ouvrage propose une relecture de l'histoire humaine à travers le prisme de l'exploitation. Loin d'être linéairement progressiste, chaque avancée technique s'est accompagnée de nouvelles formes de domination. Dès la maîtrise du feu, le contrôle de cette ressource a instauré les premières hiérarchies et inégalités. La fabrique d'outils a renforcé la spécialisation et la division du travail, donnant naissance à de nouveaux rapports de dépendance. La révolution agricole a permis l'accumulation de richesses, mais aussi la formation de sociétés inégalitaires, où la propriété privée et le contrôle des terres ont entraîné l'exploitation systématique des cultivateurs. L'esclavage, la forme la plus brutale de domination, a été perpétué et perfectionné grâce aux innovations techniques, déshumanisant des millions d'individus réduits à l'état d'objets. Le féodalisme a institutionnalisé la servitude, liant le paysan à la terre et au seigneur. L'émergence des grands empires a amplifié l'exploitation par le tribut, le pillage et la soumission de peuples entiers. Avec la révolution industrielle, la machine a transformé l'ouvrier en une force de travail interchangeable, aggravant les inégalités et détruisant les solidarités traditionnelles. La colonisation, soutenue par la technique et l'idéologie du progrès, a dépossédé des populations entières, en justifiant leur exploitation au nom de la civilisation et en exacerbant les inégalités mondiales. Au XXe siècle, le capitalisme industriel accentue la concentration du pouvoir et la fracture entre possédants et travailleurs, suscitant des luttes sociales et des revendications. Aujourd'hui, l'ère numérique et l'intelligence artificielle inaugurent de nouvelles formes de servitude : surveillance, marchandisation des données, précarisation des travailleurs invisibles, dépendance aux plateformes et exclusion numérique. Le pouvoir se concentre désormais entre les mains de quelques géants technologiques, menaçant la démocratie par la manipulation, la surveillance de masse et l'opacité. Ce livre invite à reconnaître la continuité de l'exploitation au fil des âges et à envisager un avenir où la technique serait un vecteur d'émancipation et de dignité pour tous.
Davy Maurice Ouadja est docteur-ingénieur, chercheur au laboratoire CORHIS de l'université de Montpellier Paul-Valéry et essayiste engagé. Sa réflexion s'appuie sur une approche pluridisciplinaire, à l'intersection de l'anthropologie, de l'histoire sociale et économique, de la philosophie politique, de la sociologie et des sciences numériques. Animé par la conviction que comprendre la domination permet d'entamer le chemin vers la liberté, il explore les dynamiques de l'exploitation humaine, de la préhistoire aux formes actuelles du capitalisme de surveillance et de l'intelligence artificielle. Lecteur assidu de penseurs majeurs comme Marx, Foucault, Césaire, Fanon, Zuboff, Piketty, Wrangham, Scott ou O'Neil, Ouadja propose une synthèse ambitieuse et rigoureuse, accessible tant aux spécialistes qu'au grand public désireux de saisir les enjeux contemporains. Sa méthode combine l'archéologie et l'anthropologie pour éclairer les origines des hiérarchies, l'histoire économique pour analyser le féodalisme, l'esclavage et le colonialisme, la philosophie pour questionner l'aliénation, et l'analyse des technologies numériques pour décrypter la servitude moderne imposée par les algorithmes. Humaniste lucide, Ouadja rejette à la fois le fatalisme et l'utopie naïve. Son écriture, à la fois précise et narrative, met en lumière les continuités de l'exploitation au fil du temps, dissimulées sous le masque du progrès. Convaincu que la technologie n'est jamais neutre, il milite pour une éthique de l'intelligence artificielle, une gouvernance démocratique des plateformes, un renouveau des contrats sociaux et une éducation à la littératie numérique, afin que le progrès soit synonyme d'émancipation collective et de dignité partagée. Dans cet ouvrage majeur, Davy Maurice Ouadja invite à un voyage intellectuel à travers les âges, invitant chacun à cultiver la lucidité et l'engagement pour transformer la lumière du progrès en lumière du partage.
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