Dans Une page d'amour, Émile Zola ouvre sur une scène nocturne d'une précision saisissante: une chambre bourgeoise aux tentures bleues, une veilleuse, le silence des hauteurs du Trocadéro, puis le cri. Jeanne, onze ans et demi, est prise de convulsions; Hélène, sa mère, veuve, la cherche dans l'ombre, la serre contre elle, appelle Rosalie, descend dans le froid et la neige, sonne aux portes de Passy pour ramener un médecin.
Le docteur Deberle, voisin, arrive en hâte. Il examine l'enfant, ordonne de la mettre à l'air, fait ouvrir la fenêtre, calme la mère, observe les accès, prépare une potion, applique des linges, questionne sur les anciennes convulsions et sur les antécédents. Il évoque aussi le docteur Bodin, qui a déjà soigné Jeanne, et insiste sur une vie égale, sans secousse: "à son âge", dit-il, "la santé d'une femme se décide".
À partir de ce choc initial, le roman suit la vie d'Hélène et de Jeanne avec Paris en contrebas. Zola peint une relation mère-fille d'une intensité rare: Jeanne aime Hélène avec une passion jalouse, traverse des joies et des tristesses excessives, souffre lorsque sa mère caresse un autre enfant, et guette la moindre inflexion du coeur maternel. Dans ce foyer tendu, la présence régulière du médecin, ses visites, les confidences à voix basse, les heures de veille, font naître un trouble amoureux que le regard de l'enfant vient surprendre.
Construit en cinq parties de cinq chapitres, Une page d'amour avance par scènes de soins, de visites, de gestes retenus, d'émotions vives, jusqu'à une issue funèbre: Jeanne finit seule, morte, en face de Paris.
Le volume comporte aussi une Note datée "Paris, 2 avril 1878", où Zola explique l'ajout de l'arbre généalogique des Rougon-Macquart et la place de ce roman dans l'ensemble de la série.
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