Vincennes université (1968-1980), la cendrière en 2026 : l'utopie incandescente, le laboratoire des corps... et le tribunal des doutes. Née dans la fièvre de Mai 68 pour dynamiter le temple universitaire sclérosé, l'Université de Vincennes fut bien plus qu'une parenthèse libertaire : un laboratoire à ciel ouvert, une machine de guerre contre le savoir bourgeois, un foyer où la French Theory s'est frottée aux luttes féministes, à la psychanalyse et au mouvement ouvrier. Mais que reste-t-il des grands manifestes quand la théorie se heurte au mur du réel ? De l'irruption de Michel Foucault et de Gilles Deleuze aux séminaires d'Antoinette Fouque, de la crèche sauvage dans le bureau du doyen jusqu'aux ravages du dogmatisme maoïste et à la nuit des bulldozers d'août 1980, cette pièce-fleuve retrace l'épopée de cette « anomalie » républicaine. Plus qu'une célébration nostalgique, l'oeuvre opère un redoutable retour critique : elle confronte l'angélisme révolutionnaire aux alertes d'Edgar Morin sur les chapelles sectaires, aux impasses de l'autogestion épinglées par Pierre Rosanvallon, aux pièges de l'auto exploitation dénoncés par André Gorz, et au regard critique de Raymond Aron. Du tumulte des amphis d'hier jusqu'aux braises de 2026 où la jeunesse manifeste à nouveau, la pièce interroge notre présent : que devient la promesse d'émancipation quand le dogme s'essouffle et que la rationalité gestionnaire reprend ses droits ? Une fresque vibrante pour une troupe exigeante, un théâtre d'intervention politique et mémoriel où la ferveur la dispute au désenchantement. « On a voulu détruire le béton et les amphis, mais les lignes de fuite et les braises continuent de brûler sous la cendre... à moins qu'elles ne révèlent l'impuissance des idées face au rouleau compresseur du réel. »
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