Je ne suis pas parti pour "me trouver". Je suis parti parce que je ne savais plus faire semblant d'aller bien. A Marseille, un mistral froid, un master validé "sous reserve" d'un memoire rate, une histoire d'amour qui s'effilochait depuis fevrier 2024, et une fracture plus ancienne : un pere present au civil, absent dans les mots. Tout, pris separement, n'etait pas un drame. Ensemble, ca saturait.
Le 9 decembre 2024, sur le quai, je serre la main tremblante de mon frere pendant que ma mere plie mon sac comme on prepare un retour. Je pars sans billet retour, avec une seule certitude : mettre de la distance entre moi et ce decor trop familier pour recommencer a respirer. Deux jours plus tard, je debarque a Phnom Penh : chaleur, essence, street-food, tuk-tuks, et la naivete du nouveau venu.
Je traverse le Cambodge (Siem Reap, Angkor a l'aube, le Tonle Sap), puis je glisse d'ile en ile et de ville en ville : Koh Rong, Koh Chang, Bangkok, Chiang Mai, Pai, Kuala Lumpur sous l'orage, les Perhentian, puis l'Indonesie - Canggu, Uluwatu, Amed, Gili Meno. Des bus de nuit, des chambres d'auberge, des amities eclairs, des silences qui nettoient.
Au fil du voyage, je comprends que le plus gros travail n'est pas dehors : il est dedans. Ranger, clarifier, choisir ce que je nourris. J'apprends la rupture comme passage : avec elle, avec mon père, et même avec le voyage quand il faut quitter l'Asie. Ecrire devient la seule façon de tenir cinq mois et demi sans les réduire a trois minutes d'anecdotes.
Quand je rentre a Marseille en mai 2025, je ne reviens pas "réparé", mais réaligné. Je repasse mon mémoire, je pose une limite douce a l'absence, et je garde cette découverte comme une boussole : la bonne fréquence, celle qui aligne ce que je veux, ce que je crois possible, et ce que je fais. YATRA est cette traversée, brute et lumineuse. Je raconte sans folklore, entre scènes concrètes et introspection. Les décors changent, la question reste : Quand le voyage s'arrête-il vraiment ?
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