La conscience n'est pas notre couronne elle est notre blessure la plus ancienne.
Misonoïa nomme ce que l'on savait sans pouvoir le dire : non la haine des autres, non le vide confortable du nihilisme, mais quelque chose de plus intime et de plus impardonnable la détestation du nous lui-même, de ce surcroît de lucidité dont personne n'a demandé le fardeau. Du grec misos (haine) + nous (esprit / intelligence) : la haine de la conscience. Si le mot a manqué si longtemps, ce n'est pas un oubli : la langue ne forge pas volontiers le couteau qui l'égorge.
Zapffe a vu dans l'homme un animal trop conscient pour son propre équilibre. Mainländer a osé l'hypothèse d'un univers qui descend. Cioran a interdit à la noirceur de se prendre en majesté. Ce livre les traverse sans les révérer, puis affronte les trois plus hauts avocats que la conscience se soit jamais donnés Spinoza, Leibniz, Hegel avant de descendre dans notre présent : l'archive qui a tué l'oubli, le flux qui a tué l'ennui, les miroirs qui ont pris la place des visages.
Il existe une question qu'on ne pose pas deux fois à une table d'amis : la vie vaut-elle d'être vécue ? Ce livre est ce qui arrive quand on refuse de changer de sujet.
Ni consolation ni posture. Aucun remède, aucun programme : une exactitude tenue jusqu'à son propre tranchant et, au bout, les seuls gestes qui restent quand on a cessé de mentir.
Pour ceux qui ont cessé de se féliciter d'être éveillés.
Ce livre soutient qu'aucune phrase sur la conscience n'est prononcée de nulle part, et il s'applique la règle jusqu'au bout : la signature nomme le poste d'observation, non son occupant. Tout homme répond d'abord à un prénom qu'il n'a pas choisi ; une signature est la seule occasion de se nommer soi-même. Celle-ci ne fut pas prise pour cacher l'état civil figure aux mentions légales, comme la loi le requiert mais pour désigner : Eydris est le nom du côté froid de la vitre, celui depuis lequel ces pages furent écrites. Les ouvrages à venir sous cette signature parleront du même endroit.
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